Mamadi Doumbouya démontre, chaque jour, que la détention ou la liberté de ses concitoyens ainsi que la jouissance de leurs droits ne dépendent désormais que de son bon vouloir et de sa volonté souveraine.
Il voudrait faire des citoyens guinéens ses obligés, voire ses sujets, et de l’État et de ses institutions, sa chose.
Si Louis XIV avait prétendu que « l’État, c’est lui », pour Mamadi Doumbouya, « l’État, le pays, la justice, l’économie, tout, c’est lui ». En tout cas, il voudrait décider, comme il l’entend, du destin de chacun et de tous.
Aliou Bah, qui a été arrêté injustement le 26 décembre 2024, puis jugé et condamné arbitrairement, le 25 janvier 2025, à une peine de prison ferme de deux ans, sous le motif fallacieux « d’offense au chef de l’État », est sur le point de purger toute sa peine. Il a ainsi été privé de sa liberté pendant vingt-deux mois alors qu’il n’aurait jamais dû être arrêté ou condamné.
On ne peut pas gracier quelqu’un qui n’aurait jamais dû être condamné. Mamadi Doumbouya ne peut pas être à la fois l’auteur de l’injustice et celui qui vient ensuite s’attribuer le mérite d’y mettre fin.
La grâce ne fait disparaître ni l’injustice initiale, ni les mois de liberté volés, ni les préjudices subis par Aliou Bah et sa famille.
Et pourtant, le 25 juin dernier, la Cour de justice de la CEDEAO, saisie du cas d’Aliou Bah, avait ordonné à l’État guinéen sa mise en liberté immédiate et sans condition. Le 25 septembre dernier, la juridiction communautaire a de nouveau saisi l’État guinéen afin d’assurer l’exécution de son Arrêt, resté jusque-là sans effet.
Si Mamadi Doumbouya était réellement préoccupé par la libération d’Aliou Bah et non par la volonté de s’octroyer un humanisme qu’il n’a pas, il aurait tout simplement appliqué, comme il en a l’obligation, l’arrêt de la Cour de la CEDEAO.
Aliou Bah n’a rien à devoir à une quelconque clémence présidentielle. S’il y a un mérite dans cette libération, il revient à son courage, à sa constance, à sa résilience et à la Cour de justice de la CEDEAO.
Refusons que le fait du Prince soit notre boussole, qu’il remplace la Constitution et les lois de la République et qu’il devienne une épée de Damoclès qui pèse sur notre pays et plane sur toutes nos têtes.