Mes chers compatriotes,
À l’occasion du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance de notre pays, je veux m’adresser à chacune et à chacun d’entre vous afin de constater ensemble, non sans regrets, que nous ne sommes toujours pas des hommes libres avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. L’oppresseur a changé, mais l’oppression demeure, nourrie et entretenue par de pseudo-libérateurs et de fieffés prédateurs.
En ces temps troublés et face à toutes les menaces qui peuplent notre quotidien, naturellement, j’ai une pensée profonde pour notre Nation, aujourd’hui prise en otage.
Notre indépendance est bien davantage qu’un événement inscrit dans notre histoire et voué à des festivités officielles et à des réjouissances populaires. Elle est une promesse de tous les instants qui traverse le temps et engage toutes les générations : celle d’un peuple, maître de son destin, d’un État au service de tous et d’une Nation où la dignité de chaque citoyen est respectée.
À celles et ceux qui nous ont précédés, aux pionniers de notre indépendance, à nos diplomates, à nos militaires, à nos intellectuels et à tous ces Guinéens qui ont contribué au combat pour la conquête et la défense de notre indépendance, nous devons reconnaissance et respect.
L’héritage de la lutte menée avec courage et dans un esprit de sacrifice nous oblige.
Nous avons la responsabilité, individuelle et collective, de préserver notre indépendance, de consolider nos acquis démocratiques et de transmettre aux générations qui viennent la culture de la résistance à toute forme d’oppression et de velléité d’aliénation de nos droits et libertés.
Nous devons laisser à nos enfants une Guinée où nul ne se verra contraint de renoncer à ses droits pour survivre, nul ne sera forcé de se taire, nul ne sera empêché d’exprimer librement ses convictions, une Guinée où la justice ne sera jamais soumise à la force, où l’exil ne sera pas la rançon de la liberté, où aucune famille ne sera condamnée à vivre dans l’angoisse de ne pas savoir ce qu’est devenu l’un des siens ; enfin, une Guinée où le débat, la contradiction et l’alternance seront considérés comme les respirations naturelles d’une démocratie vivante.
L’indépendance du pays n’aura de sens que si elle se prolonge par la liberté et le bien-être matériel et moral de ses citoyens.
Notre pays traverse une période sombre de son histoire qui plonge chacun et tous dans un profond désarroi. Cependant, la Guinée sera toujours plus grande que les épreuves qu’elle traverse. Elle sera toujours plus forte que les divisions, plus forte aussi que les renoncements. Elle triomphera de tous ceux qui, à un moment de son histoire, voudront la contraindre à renoncer à ses aspirations à la liberté et à la démocratie.
J’aimerais partager avec chacun et tous une conviction personnelle qui m’habite depuis toujours : les Guinéens n’ont jamais renoncé à leurs libertés individuelles et ne renonceront pas davantage à leurs droits de choisir leurs dirigeants.
Notre responsabilité est de ne jamais céder à la peur ni au désespoir. Au contraire, luttons pour notre pays et la souveraineté de notre peuple, avec courage, avec fermeté, mais sans haine ni esprit de vengeance. Je crois en notre capacité à nous rassembler autour de l’essentiel : une Guinée libre, juste, fraternelle et respectueuse des droits et de la dignité de chacun de ses enfants.
Une autre Guinée est possible. Une Guinée indépendante et souveraine et qui garantit l’exercice des libertés publiques et la protection des droits de l’homme.
C’est cette Guinée que nous avons le devoir de construire, de consolider et de transmettre aux générations futures.
En ce 68ᵉ anniversaire de notre indépendance, je réitère solennellement mon engagement et ma détermination à œuvrer sans relâche ni crainte, avec les patriotes de tous les horizons et tous les démocrates du monde, à l’avènement d’une Guinée libre, démocratique, respectueuse de la dignité humaine et de la souveraineté populaire.
Que notre espérance demeure plus forte que nos épreuves.
Que notre amour de la Guinée transcende nos divisions et domine nos passions.
Et que notre foi en son avenir soit une raison d’espérer et d’unir nos forces et nos destins.
Vive la Guinée !
Vive la République !